Jeudi 10 novembre 2011
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21:16
... me dit l'accueil de la plate-forme quand je me connecte à mon compte.
J'ai rarement eu une aussi mauvaise note, mais cela ne me touche pas pour autant.
Quand j'ai rien à dire, je la boucle. C'est aussi simple que ça.
Je ne t'ai pas raconté qu'une de mes grenades dégoupillées a sauté d'un coup, le jeudi d'avant les
vacances, ravivant dans ma mémoire des souvenirs de malaise professionnel aux conséquences personnelles assez douloureuses.
J'ai cru revenue l'ère du cas K.
Heureusement, le délire n'a duré que quelques heures.
Les parents d'E n'ont rien à voir avec ceux de K.
Y'a eu, comme qui dirait, une remise à l'équerre efficace et sans délai.
C'est dingue ces relations qui se tissent avec certains mômes.
C'est même injuste pour les autres quand j'y réfléchis bien.
Certains élèves te happent, par une personnalité qui s'accorde à la tienne ; ils créent une complicité, une relation à part, une sorte de lien inexplicable.
E fait partie de ces gamins-là.
Ils te chavirent par leur franchise, leur caractère entier. Ils t'entraînent dans leurs excès, te poussant alternativement aussi loin dans l'humour que dans la colère, réagissant à ta palette
d'émotions au quart de tour comme s'ils avaient besoin que tu leur montres ce que tu as de plus humain et sincère pour se sentir exister dans ton groupe classe. Ils érigent leurs sourires et
leurs pétages de plomb comme autant de pancartes qui hurlent "regarde-moi", "dis-moi que je vaux quelque chose", "oblige-moi à grandir même les jours où je n'en ai pas envie", "rassure-moi en me
montrant que tu ne plieras pas même si je vais trop loin et que tu resteras le mur solide contre lequel j'ai besoin de me cogner"...
Ces mômes-là ont une exigence vis-à-vis de ton rôle d'adulte, tu n'as pas le droit de les décevoir sinon tu perds leur confiance. En retour, ils craignent que tu leur ôtes la tienne, ils ont peur
que tu arrêtes de les regarder avec bienveillance, ils ont peur que tu arrêtes de les regarder tout court...
Alors c'est vachard pour les autres tout ça.
Parce que le gentil doudou qui bosse tout le temps en faisant de son mieux et qui te sourit d'un petit air craintif à chaque fois que tu croises son regard ne remuera jamais tes tripes
comme E ou K.
Tu oublieras le petit doudou, tu devras retourner la photo de classe de cette année-là pour retrouver son nom et son prénom avant de dire "ah oui, c'est vrai, il était adorable ce gamin".
Mais sur la même image, tu retrouveras immédiatement le sourire de K ou d'E, et ce petit regard de défi lancé vers l'objectif du photographe.
Mon blog rank est à 2... mais j'm'en fous : à la rentrée, j'avais une lettre d'amour d'E. Probablement sa manière à lui de me faire comprendre que s'il pète à nouveau les plombs d'ici à la fin de
l'année scolaire, ça n'aura rien de personnel.
Il est probable que s'il ne me fait pas mourir de colère avant la fin de l'année, il me fasse mourir de rire. (J'aimerais plus mieux cette seconde option en vrai.)
Maîkkkresse qui dicte - "bientôt", "toujours", "même"...
Elève 1 - heiiiiiiin ?
Maîkkkresse avec un sourire - "même"... pas "mémé" !
E, avec un sourire encore plus large que celui de la maîkkkresse, sa main tournant la poignée de gaz imaginaire d'un guidon - mêmêmêmmmmm
Maîkkkresse morte de rire, continuant à dicter les mots de la liste - On continue donc : "même", "trop"... J'ai bien dit le mot "trop" pas le mot "tôt", ni le mot "tard" !!!
E a tourné de nouveau sa poignée imaginaire, avec un clin d'oeil mais en silence. Il était le seul à avoir capté le jeu de mot.
J'adore ce gamin.
Kom' vous dites